La venue de la maison connectée s’accompagnait d’une simple promesse, celle de faciliter notre quotidien. Pourtant, force est de constater que jusque là, on assiste surtout à une dépendance aux écrans.
Il nous faut un smartphone, une tablette et diverses applications pour gérer son logement. Au lieu d’appuyer sur un bouton pour régler l’éclairage, on doit déverrouiller un téléphone, naviguer dans des menus et comprendre des interfaces peu intuitives pour y parvenir. On est encore bien loin de cette idée de simplicité.
Cette situation crée une barrière numérique. Les personnes en situation de handicap moteur, les seniors et toute personne peu à l’aise avec les nouvelles technologies se retrouvent dans l’incapacité de suivre le mouvement. L’innovation censée simplifier la vie quotidienne se transforme alors en source de friction, voir d’exclusion.
Une mutation est toutefois en cours. Elle repose sur l’émergence d’une IA “invisible” et du concept de Zero UI (Zero User Interface). La maison intelligente de nouvelle génération ne se définit plus par une accumulation d’interfaces, mais par sa capacité à percevoir, comprendre et agir sans sollicitation humaine explicite. Elle devient ainsi un nouveau standard de l’habitat inclusif.
Comprendre le concept de “Zero UI”
Le concept de Zero UI marque une rupture avec la logique actuelle des assistants vocaux. Des solutions comme Siri ou Alexa ont ouvert la voie, mais restent limitées. Elles exigent, en effet, des commandes explicites, une syntaxe précise et une interaction volontaire. Cela peut être une contrainte pour certaines personnes en situation de handicap.
Avec le Zero UI, l’interface disparaît au profit de l’environnement lui-même. Les murs, les sols, les plafonds et les objets deviennent des récepteurs d’intentions. La maison n’attend plus qu’on lui parle ou qu’on la commande. Elle observe et interprète ce qui se passe.
Ce changement inverse la logique d’apprentissage. Ce n’est plus à l’utilisateur de comprendre comment fonctionne la technologie, mais à l’IA d’apprendre les routines humaines par observation passive, grâce au machine learning. Cette approche s’inscrit dans le courant de l’informatique ambiante (Ambient Computing), où la technologie se fond dans le décor pour laisser toute la place à l’usage, sans surcharge cognitive.
Capteurs intelligents et Machine Learning, la fin de l’intrusion visuelle
Cette intelligence invisible repose sur une nouvelle génération de capteurs. Parmi les plus prometteurs figurent les radars à ondes millimétriques (mmWave). Des technologies comme Google Soli ou des capteurs domotiques tels que Aqara FP2 permettent de détecter une présence, une posture ou même la respiration, sans caméra et sans captation d’image.
Couplés au machine learning, ces capteurs analysent des schémas de comportement (pattern recognition). L’IA peut ainsi distinguer une chute réelle d’un simple mouvement brusque, ou identifier une déambulation nocturne inhabituelle pouvant signaler une désorientation.
Un point clé réside dans le traitement local de ces données. L’IA agentique locale, exécutée directement dans la box domotique (Edge AI), garantit une latence quasi nulle et évite toute externalisation de données biométriques sensibles. Cette intelligence peut également s’appuyer sur des objets du quotidien : sols capables de détecter une pression anormale, poignées de porte analysant la force de préhension, interrupteurs passifs sensibles à l’approche.
L’habitat comme aide-soignant invisible
Ces technologies ouvrent des perspectives concrètes en matière d’autonomie. Pour les seniors, la maison devient proactive. L’éclairage circadien peut s’ajuster automatiquement pour préserver les rythmes biologiques, limiter les troubles du sommeil et réduire les épisodes de confusion, notamment chez les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer.
Dans le cas du handicap moteur, l’absence d’interface est déterminante. Les portes peuvent s’ouvrir automatiquement, la hauteur des plans de travail s’ajuster, la ventilation se déclencher, simplement par la détection de la trajectoire d’un fauteuil roulant, sans bouton, sans application, sans commande vocale.
La sécurité devient elle aussi prédictive. Une plaque de cuisson laissée allumée sans mouvement détecté à proximité peut entraîner une coupure automatique. Une fuite d’eau suspecte peut être isolée avant de devenir un sinistre.
Enfin, ces systèmes permettent de renforcer le lien social sans surveillance intrusive. Les proches ou les services de secours ne sont alertés qu’en cas d’anomalie réelle, évitant le sentiment d’être constamment observé. L’habitat intelligent ne remplace pas l’humain, mais devient un soutien discret, au service de l’autonomie et de la dignité.



